Le CPE vu du Chili...

Publié le par Stephanie Bochard

Forcément, les grèves en France, pareil que les manifs d’il y a quelques mois, on en a entendu parlé. Surtout moi, parce que même si je ne regarde pas les infos, il y a toujours quelqu’un pour me dire : « Ben c’est le gros souk en France, qu’est-ce qu’il se passe ? ». En général, bien que je sache ce qui se passe (je ne regarde pas les infos chiliennes, mais j’écoute Europe 1 – surtout « faut pas se gêner » - régulièrement !), je répond : « une petite révolution de temps en temps, ça ne fait pas de mal… C’est quand même nous qui l’avons inventé ce truc là, c’est pour ne pas oublier ! » Parce que s’il fallait que je commence à leur expliquer les vrais raisons ils ne comprendraient pas parce qu’il leur manque des tas de données culturelles ! Il faut dire qu’ici ils sont un peu coincés, et grève générale, ça n’est pas arrivé depuis très longtemps !

 

Quand aux journaux, qui ont des explications un peu plus sérieuses, voilà ce que dit le Mercurio (Le Monde local) sur le sujet : « La société française a démontré une notable incapacité a comprendre que certains éléments de son État de Bien-être produisent plus de problèmes que ne rapportent ! S’il est certain que les politiques de protection sociale aident à la cohésion de la société et à la sensation d’intégration de ses citoyens – avec la notable et dangereuse exception de la discrimination que sentent les fils d’immigrants nord-africains, traduite par de violentes manifestations il y a quelques mois-, l’excès d’aide joue contre les objectifs de ces mêmes programmes ! » Et plus spécifiquement sur le CPE, le même journal explique qu’à ne vouloir que des contrats en or à durée indéterminée, on n’obtient que du chômage ! Et oui, il faudrait peut-être commencer à réaliser que le modèle de travail du siècle dernier (de nombreuses années dans une même entreprise, et un seul emploi à la fois) est obsolète ! Ici, c’est un très bon exemple de ça. Moi qui suit en train de monter une entreprise de catering, je peux vous dire que d’une part, la création d’entreprises est absolument facilitée pour permettre que ceux qui souhaitent créer leur propre emploi puissent le faire sans embûches administratives, et que d’autre part, le marché du travail libéral est une condition sine qua non pour que le projet soit viable. Je m’explique : je n’ai aucune intention d’embaucher du personnel, ce qui voudrait dire payer des charges, avoir du personnel fixe, etc. sinon que travailler avec des extras. Mais le système tel qu’il existe ici, permet de pouvoir travailler comme extra et de faire vivre sa famille sans problème. Il existe ce que l’on appelle une boleta, qui doit ressembler un peu au « chèque emploi service » mais en beaucoup plus simple. Si j’embauche un extra pour un jour de travail et que j’accorde un prix de 20 Euros (c’est un exemple), quand je le paye à la fin de l’événement je me connecte au site Internet des impôts et j’émets en direct sa boleta (elles existent aussi en papier pour quand il n’y a pas d’Internet disponible), ce qui fait que sa déclaration d’impôts est faite automatiquement à la fin de l’année ! Avec ce système, aujourd’hui il travaille pour moi, demain pour un autre, etc. et il finit par se faire un salaire avec seulement des extras. Mais cette personne ne trouverait certainement pas de travail fixe, dans les conditions optimales. Il est certain que les mois d’été a Santiago sont plutôt morts, mais celui qui a vraiment besoin de travailler, va sur la côte, en profite pour emmener sa famille (qui a donc des vacances) et se fait là-bas le salaire qu’il n’aurait pas fait à Santiago. De même, tout est facilité pour qu’il puisse se payer ses charges tout seul, sans trop de paperasse ! Et ça marche. C’est même le seul moyen de maintenir un niveau d’emploi respectable ! Donc, c’est ce qu’il se dit ici, le modèle français (et Européen en général) est totalement dépassé. Vu du Chili, la vieille Europe est un continent très intéressant culturellement, mais quand il s’agit d’économie, ici, on ne regarde que du côté des États-unis. C’est très certainement exagéré, parce que le modèle américain a démontré ne pas être la panacée, mais c’est l’opinion générale au Chili. Il faudrait vous décoincer un petit peu, arrêter de demander tant de stabilité et commencer à apprendre à prendre des risques, parce que sinon vous êtes franchement mal barrés ! Et puis, franchement, deux ans de boulot, c’est déjà deux ans ! C’est mieux que rien !

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