Le maternage: Edwige Antier

Publié le par Stephanie Bochard

2. "nos idées pour s'en passer": de la théorie à la pratique:

 

Pour démarrer, un extrait de chat entre Edwige Antier et des parents sur le thème “les enfants turbulents”

 

Pensez-vous que les punitions (expliquées et justifiées) puissent aider à "recadrer" un enfant très turbulent?

 

Edwige Antier: Certainement pas. Au contraire, soit elles aggravent la turbulence car elles endurcissent l'enfant, qui prend l'habitude de vous braver, soit elles l'éteignent et le transforment en un enfant trop soumis qui perd de sa curiosité. Jusqu'à l'âge de 7 ans, lorsque vous voulez appliquer la punition, l'enfant ne sait déjà plus pourquoi il a voulu transgresser. Il se culpabilise et entre dans le profil de l'"affreux jojo".

 

Quelle solution autre qu'une punition pour recadrer un enfant qui a mordu ou tapé un copain? Une mise à l'écart temporaire le temps de se calmer, des excuses à la victime?

 

Edwige Antier: La punition, je l'ai dit : jamais ! De toute façon, il recommencera. Les excuses à la victime, c'est surréaliste. Ça humilie et n'a aucun effet car l'enfant ne comprend pas pourquoi il a eu cette pulsion. La mise à l'écart – les Américains disent "time out" –  est une bonne solution si elle n'est pas pratiquée sur le mode de la punition. L'idéal est que le parent et l'enfant fassent pour chacun d'eux "time out". Par exemple: tu vas dans ta chambre, voire dans ton lit, voilà des jouets, et moi je prends le journal, Le Monde peut-être, et je vais m'allonger sur mon lit. Chacun se fait du bien, mais chacun de son côté. Et on se revoit quand maman – qui a été fatiguée par l'agressivité – va mieux.

 

Laurence: L'absence totale de punition ne nous conduit-elle pas à la permissivité, et au laxisme, responsable a priori de bien des maux?

 

Edwige Antier: Remarquez que mon livre, qui redonne l'ABC que nous a livré Françoise Dolto, a pour sous-titre "Tout comprendre, pas tout permettre". Je ne suis absolument pas pour le laxisme. Mais les punitions exacerbent la violence. Comprendre l'enfant, c'est savoir répondre à ses problèmes pour ne pas susciter l'agressivité. Il faut beaucoup de respect, pas du laxisme.

 

Mateo: Ne faut-il pas voir dans l'augmentation de ces comportements une corrélation avec une certaine violence parents/enfants, les parents ne sachant plus donner de limites à leur progéniture?

 

Edwige Antier: Vous me faites très peur. Car ce discours invoquant la nécessité de mettre des limites conduit les parents qui ont été en extase devant ce bébé qui est une "personne" à faire, à partir d'un an à 18 mois, un virage à 180° dès lors que l'enfant explore le monde, pour lui taper sur la main dès qu'il est en investigation. C'est le trahir, c'est trahir votre admiration du début et dès lors, il perd confiance dans le guide que vous devez être. La mise de limites doit commencer avec l'"âge de raison", autour de 7 ans, quand il est capable d'un raisonnement abstrait. Avant, c'est un accompagnement. Vous devez accompagner chaque découverte pour lui en donner le sens et transmettre vos valeurs.

 

Caroline: Face à une enfant de 2 ans qui frappe ses parents (non agressifs) quand ils le contrarient, quelle attitude faut-il avoir?

 

Edwige Antier: Cette question se pose très fréquemment, car à 2 ans, les enfants frappent ou mordent. Or une maman, c'est sacré. Un papa aussi. Si l'enfant le fait, c'est parce que vous en avez ri, ou vous avez voulu répondre sur le même registre: crier et parfois même mordre en retour. Dans tous les cas, l'enfant retient que c'est un mode de communication. Ce qu'il faut faire, dès qu'il esquisse le geste, c'est immédiatement lui proposer autre chose: un jouet, la boîte à boutons, et détourner son attention. Il retient qu'on n'échange pas ainsi. S'il en est déjà à vous braver, vous vous reportez au "time out" dont nous avons parlé plus tôt.

 

Josette: Croyez-vous en ce fameux "retour de l'autorité" prôné par certains psychanalystes? Ne pensez-vous pas que donner la parole à l'enfant au sein de la famille, c'est également instaurer une plus grande "démocratie familiale"?

 

Edwige Antier: Le problème de la parole est que parfois les parents se dissolvent en négociations interminables, et l'enfant prend l'habitude de tout discuter. Françoise Dolto ne disait pas: il faut tout dire à l'enfant, mais disait: il faut dire les vérités "qui le concernent". C'est-à-dire les choses existentielles – est-ce qu'on l'a désiré? Est-ce qu'on voulait bien une fille? –, mais pas les mille et une petites choses de la vie dans lesquelles les parents s'engluent à force de suppliques aujourd'hui. Donc il ne veut pas prendre son bain: je te comprends, mais je suis désolée, c'est comme ça, alors on le fait, et vite!

 

Geraldine: Que faire face à un enfant qui hurle quand il est contrarié? J'essaie de rester très calme et expliquer que crier n'est pas une solution. J'applique déjà la méthode du "time out", mais cela ne semble pas marcher.

 

Edwige Antier: Il faut comprendre que jusqu'à 5 ans, la partie corticale du cerveau mûrit assez rapidement, permettant le développement du langage et d'une intelligence de plus en plus rationnelle. Alors vous croyez pouvoir raisonner votre enfant. Mais dans les zones profondes du cerveau, la zone qu'on appelle limbique est le centre de l'humeur, qui permet de réguler nos humeurs. Cette zone est très immature jusqu'à 5 ans. Plus vous expliquez, plus l'enfant est débordé par son émotion. Il ne sait plus pourquoi. Il vaut mieux lui dire: tu es fatigué, c'est pas grave. Et rassurez-vous, ça va passer.

 

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Publié dans Le maternage

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