Les nanas

Elles sont une véritable institution au Chili, et c’est d’ailleurs une erreur de ma part de ne pas vous avoir fait un article sur le sujet avant.
Qu’est-ce que la nana, me direz-vous. C’est à la fois la nounou, la cuisinière, la femme de ménage, la baby sitter, etc. C’est le bras droit de toute femme qui travaille (ou pas d’ailleurs) et qui a un certain revenu. C’est l’employée de maison à qui l’on confie tout, et surtout le plus important : ses enfants.
Avantages : C’est, selon les pédiatres, le meilleur système qui existe (à part être avec Maman, évidemment), parce que les enfants restent chez eux, dans leur univers tant qu’ils sont petits, ce qui leur évite les contagions et compagnie, et quand ils sont un peu plus grand (mais avant la scolarité obligatoire), cela permet de ne les envoyer à l’école qu’à mi-temps. Et puis, plus de problème s’ils sont malades et doivent rester à la maison. Économiquement aussi, c’est une grande source de travail, pour des milliers de femmes peu qualifiées mais qui ont besoin d’un revenu. Actuellement, au Chili, il y a beaucoup d’immigration péruvienne (le Pérou à un niveau de vie beaucoup plus bas que le Chili) de femmes qui laissent leurs enfants là-bas à charge de la grand-mère et qui viennent travailler comme nana pour pouvoir leur payer les études de leurs rejetons.
Que fait la nana ? D’abord, il y a deux sortes de nanas. Les premières sont « puerta afuera » (de l’extérieur): ce sont celles qui arrivent le matin et repartent le soir, selon un horaire convenu. C’est souvent le cas quand les enfants sont grands, ou même quand il n’y a pas ou plus d’enfants. Dans ce dernier cas, ça peut même être seulement quelques jours par semaine. Les secondes sont « puerta adentro » (à l’intérieur), c’est-à-dire qu’elles vivent à la maison au moins 5 jours par semaine. Généralement, et selon la loi, elles travaillent de lundi a samedi, et ont le dimanche de libre. Elles ont leur propre chambre et salle de bain (dans les beaux quartiers, tous les appartements ou maisons ont une chambre et une salle de bain pour la bonne). De toutes façons, dans les deux cas, elles assurent la bonne marche de la maison : ménage, cuisine, enfants.
Mon expérience : quand je suis arrivée au Chili, je trouvais ça horrible d’avoir une bonne. Mais évidemment, l’homme s’habituant à tout, petit à petit, j’ai compris que c’était aussi une façon de donner une opportunité à quelqu’un de travailler, sachant que dans une entreprise, elle n’aurait pas pu trouver du travail. Donc comme je travaillais 70 heures par semaine et que je n’avais même pas le temps de faire le ménage, j’ai commencé, comme tout le monde, avec quelqu’un deux jours par semaine, de 9h à 18h pour faire le ménage et le repassage. Deux adultes dans un appartement n’ont pas besoin de plus que ça. Quand Vincent est né, nous pensions que j’allais arrêter de travailler tant qu’il était petit. Mais malheureusement, Ale a perdu son boulot, donc j’ai du retourner au travail après les 2,5 mois légaux d’arrêt maternité. Abandonner un enfant de cet âge, pour n’importe quelle Maman, c’est dur. Mais quand on calcule que la nana coûte la même chose que la crèche, tout en sachant que celle-ci ne fait pas le ménage, ça fait réfléchir. Donc, j’ai décidé d’engager une nana « puerta adentro », parce qu’avec mon boulot, des horaires très relatifs, c’était le mieux pour bébé. Nous avons préparé la chambre de bonne (c'est-à-dire que nous avons peint et arrangé la chambre comme si allait arriver une bonne copine):

et après quelques entretiens, nous avons engagé Zoila, une péruvienne (voir photo en haut de page). Je lui ai fait un speech à la fois sur les habitudes de bébé et mes habitudes de ménage, et j’ai repris le travail. Je dois dire, que même s’il existe quelques cas d’abus de nanas vis-à-vis de bébés ou enfants, quand je voyais, chaque matin, Vincent tendre les bras à Zoila, je savais que rien de grave n’allait lui arriver. Elle était vraiment sa deuxième Maman, et c’est un soulagement de savoir que quand on n’est pas là, Bébé va bien. Et puis, pour les couples qui ont un horaire plus normal, il n’y a rien de mieux que pouvoir sortir sans l’avoir prévu, sans avoir à appeler une baby-sitter au dernier moment, sinon qu’un appel à la maison pour prévenir qu’on va rentrer un peu (ou beaucoup) plus tard, suffit. Par contre, quand il s’est agit de déménager chez ma belle-mère, parce que nous allions nous installer au Venezuela, où Ale allait partir avant nous, la fameuse nana a disparu ! Nous avons envoyé nombre de cadeaux al rejeton péruvien, mais elle n’est jamais revenue de vacances! Et depuis, nous nous débrouillons (plus ou moins bien) sans elle ! Sauf qu’il a fallu reprendre l’habitude de faire le ménage. Mais comme, grâce à Valentin (qui a du reflux gastrique, ce pour quoi je suis en arrêt maladie depuis plus de 4 mois), je suis toujours à la maison, j’assure le ménage et le reste. Mais je sais que quand je vais devoir travailler à nouveau, la nana sera la meilleure option pour moi et pour les enfants. Parce que le coût d’une employée de maison par rapport à celui du jardin pour Vincent et Valentin toute la journée, ça revient au même, il n’y a pas photo comme ont dit ici : la nana, c’est le mieux !